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L’Anatomie du Scénario de J.Truby

J’avais fait l’acquisition de ce livre en 2013, après avoir terminé la première mouture d’un premier roman qui s’était révélé plein de défauts structurels (vous voyez la galère !). Je cherchais un ouvrage qui me donnerait quelques clefs pour m’aider à remodeler mon intrigue, et après avoir farfouillé un peu sur le net, j’étais tombée sur cette référence. Le hasard fait bien les choses, car tout comme le livre d’Élisabeth Georges (Mes Secrets d’Écrivain), L’Anatomie du Scénario de J.Truby fut une révélation. Ces deux lectures se complètent d’ailleurs à merveille.
Je m’étais d’ailleurs promis de faire un petit article dessus, mais j’ai longtemps repoussé l’échéance devant la difficulté de la tâche. Il se trouve que j’ai eu la chance de pouvoir assister à une Masterclass de J.Truby à Paris, en cette fin de janvier 2015… Je ne pouvais plus me défiler.

Alors qui est J.Truby ? C’est avant tout un homme qui a la passion de son métier et qui aime la partager. Consultant en scénario auprès des plus grands producteurs américains depuis plus de trente ans, sa spécialité, c’est donc d’analyser les scénarios. C’est ce qu’il fait pour nous dans son livre à travers des dizaines d’exemples qui vont de l’« Ulysse » de Joyce, au « Parrain » de Coppola, en passant par Harry Potter. Mais là où cela devient réellement passionnant, c’est qu’il va au-delà du simple cas en proposant une vision globale de la trame et des mécanismes sous-jacents.
L’Anatomie du Scénario est donc un condensé de théorie narrative, de sa prémisse à l’écriture des dialogues, en passant par la création des personnages, l’univers du récit, la dynamique du récit, etc.

Si comme moi au départ vous n’avez qu’une notion assez vague de ce que sont un « climax », une « montée en épingle » ou si vous vous interrogez sur la manière d’amener votre histoire au maximum de son potentiel, la lecture de ce livre vous l’expliquera de manière à la fois théorique et pratique. Si, au contraire, vous avez déjà de bonnes notions dans ce domaine, le point de vue de J.Truby vous permettra d’aborder les choses avec un œil neuf et un regain de créativité.

Mais, me direz-vous, c’est quoi, sa méthode ?

Hé bien J.Truby ne propose pas de « méthode » d’écriture à proprement parler, mais plutôt des clefs pour vous aider à organiser vos idées et construire votre histoire.
Comme il est impossible de rendre compte dans le détail de l’ensemble de son enseignement, j’ai choisi de survoler pour vous ce que l’auteur présente comme étant les étapes structurelles de l’intrigue. Ces étapes permettent de dresser la carte de votre histoire, ou si vous préférez, son ossature, en définissant ses principaux ressorts dramatiques. Selon lui, il existe 7 étapes clefs de base, et 22 si on développe un minimum. ( Sachez aussi qu’un roman pourra utiliser ces ressorts narratifs de manière infiniment plus complexe que dans un scénario de film formaté pour une histoire qui doit durer 90 minutes).

Description sommaire des 7 étapes :

1) La faille et le besoin du héros.
On imagine bien qu’un héros parfaitement heureux et équilibré n’attirerait guère notre attention. Une des clefs pour créer un personnage intéressant sera de veiller à ce qu’il lui manque quelque chose d’essentiel, de fondamental, ce qu’on appelle en général une « faiblesse », qui se déclinera sur un plan psychologique et moral.
2) Le désir.
Le désir est ce qui va porter l’histoire et faire avancer le récit. Il peut exister plusieurs lignes de désir, leur fusion se fera de manière différente selon la forme globale de l’intrigue et le genre dans lequel vous écrivez.
3) L’adversaire.
La relation entre le héros et l’adversaire est l’élément le plus important du récit. Bien souvent, la tâche principale du héros consistera à le battre. Attention, c’est à prendre au sens propre comme au sens figuré. Aussi, pour éviter la caricature, ne pas oublier de doter vos antagonistes d’une faiblesse, d’un besoin, et d’une ligne de désir, tout comme vous l’avez fait pour votre héros. Les questions que l’on peut se poser à ce stade sont les suivantes : qui aurait intérêt à mettre des bâtons dans les roues au héros, et pourquoi ?
4) Le plan du héros.
Le plan est la stratégie mise en œuvre par le héros pour parvenir à ses fins ( par exemple, la conquête de l’être aimé dans une comédie sentimentale).
5) La confrontation finale.
C’est le point d’orgue du récit, là où héros et adversaire s’affrontent. Cet affrontement ne se réduit pas, évidemment, à un combat ou à une grande bataille finale comme dans les histoires épiques ou les films d’action. Il peut s’agir par exemple d’une scène de dialogue où tout passera dans les nuances. Quelle que soit la manière, cette étape mène à la suivante :
6) La révélation personnelle.
C’est le moment où le héros prend conscience de la ou des faiblesse(s) qui l’empêchaient de pleinement vivre sa vie. Cette révélation l’amène à prendre une ou des décisions qui résolvent le conflit à la lumière de cette compréhension. Cette révélation peut être négative, comme dans « Le Parrain ».
7) Nouvel équilibre.
Les protagonistes ont été transformés par leur histoire, et c’est l’apaisement.

Les 22 étapes structurelles fondamentales :

Si on devait comparer un récit à une charpente, on pourrait dire que les sept étapes décrites plus haut en sont les poutres maîtresses, et selon J.Truby, même la plus simple des histoires pour enfants passe par ces sept étapes. Elles peuvent être suffisantes pour un récit court, une nouvelle, un clip, ou aussi un épisode de feuilleton… En revanche, pour une histoire plus longue comme un scénario de film ou un roman, il faut rajouter d’autres éléments. J.Truby parle ainsi de 22 étapes structurelles fondamentales.

Aux 7 étapes de base se rajoutent ainsi le spectre et l’univers du récit, le fameux événement déclencheur, et il peut y avoir un nombre important d’adversaires, alliés, faux alliés, confrontations et révélations. Tous ces éléments sont décrit avec force détail et explications dans son livre.

Ensuite, tout comme en architecture il peut y avoir tes toitures de différentes sortes, il en est de même pour la forme générale de l’intrigue : celle-ci pourra être linéaire (forme la plus fréquemment adoptée par les productions hollywoodiennes pour des raisons de sécurité financières), en méandre, en arborescence avec sa sous-variante en entonnoir, voire en spirale, etc.

À noter que chacun des genres dans lesquels s’inscrira votre fiction utilise ces étapes structurelles d’une manière qui lui est propre.
Dans les thrillers par exemple, la forme d’intrigue en spirale convient en général très bien : le héros tourne autour d’un événement central et découvre peu à peu sa face sombre par strates. D’où l’utilisation fréquente de la technique du flash-back.
Dans les histoires d’amour, l’adversaire est l’être aimé, c’est-à-dire qu’il correspond au besoin du héros, à ce qu’il désire le plus au monde.
Et ainsi de suite.

Attention, ces vingt-deux étapes structurelles ne sont pas gravées dans le marbre, chacun est libre d’en user de la manière la plus créative qui soit. Personnellement je trouve qu’il peut être intéressant de les utiliser comme un garde-fou, ou comme éléments de réflexion au moment du développement de son idée. Chaque auteur procède de la manière qui lui convient le mieux, et encore heureux ! Certains sont très organisés, comme Élisabeth Georges qui définit un véritable « séquencier » avant de se lancer dans l’écriture proprement dite. D’autres, comme Stephen King, partent d’une situation puis suivent leur instinct.
Mais, hum… tout le monde n’est pas S.King.
Imaginez un violoniste. Avant de pouvoir jouer avec toute la grâce et le naturel d’un artiste inspiré, on imagine bien qu’il aura passé des heures et des heures à user ses doigts sur les cordes de son instrument pour travailler ses gammes.
C’est la même chose pour un écrivain, même si le processus est plus intellectuel.

Ressources :
Si vous ne souhaitez pas vous procurer le livre, vous avez la possibilité de vous rendre sur le site de J.Truby, le Truby Writers Studio. Cette ressource (en anglais) est gratuite et vous y trouverez des tas d’analyses de films. Une manière ludique d’aborder les choses, surtout si vous êtes cinéphile.