Archives mensuelles : juin 2015

Les dessous de Lisse, …

« Lisse, le cordon » que vous pouvez lire dans le recueil collectif Malpertuis VI, a été écrit entre 2007 et 2010, il est l’un de mes tout premiers textes. Il fait partie d’un ensemble d’une dizaine de nouvelles qui tourne autour du thème de la maternité, tout comme « Coccinelles » paru dans le recueil Folie(s) chez les Artistes Fous Associés. Ces textes ont été retouchés récemment, lorsque j’ai commencé à participer à des « Appels à Textes ». J’avais sans doute un peu progressé en matière d’écriture, et certains défauts étaient trop flagrants pour ne pas être repris.

Malpertuis VILe ton est intime, et on m’a déjà demandé à plusieurs reprises si ces histoires étaient autobiographiques. Oui, dans un sens. Ce sont des mélanges de rêves, d’expériences vécues, de fragments d’histoires qu’on m’a racontées, de sensations, des fantasmes.
« Lisse, le cordon » s’intitulait à l’origine « Le cordon », et c’était l’histoire d’une jeune femme qui devait faire le deuil de sa mère pour devenir elle-même mère. Le deuil est un thème qui revient souvent dans mes écrits. L’histoire était douce, et se terminait sur un apaisement. Il y avait dedans des fantômes, avec la scène dans la cuisine, mais en lieu et place de la chevelure, c’était un bout de cordon ombilical qui se baladait sur le carrelage. Cela se terminait dans un cimetière avec un fantôme d’enfant qui disparaissait derrière une tombe.

J’ai utilisé cette base pour répondre à un appel à textes fin 2014. Mon histoire n’a pas été retenue, et tant mieux parce j’y avais inséré un détail pour coller aux consignes, qui ne me plaisait pas. Je l’ai enlevé, et comme l’aspect fantastique était assez présent, je l’ai envoyé à Thomas Bauduret. GustavKlimtLesTroisAgesDeLaVie1905-300x300Mes sources d’inspiration sont diverses. La peinture décrite au début de l’histoire est inspirée de ce tableau de Gustave Klimt, « Les trois âges de la femme ». Souvent on n’en représente qu’une partie, celle où la jeune mère enlace tendrement sa fille, et on occulte la partie gauche du tableau, celle où la femme vieillie, honteuse, se cache derrière sa chevelure grise. J’avais envie d’explorer cette partie occultée, mais sous une autre forme.
Trop souvent on voudrait faire de la mère une icône d’amour et de tendresse, et on refuse de voir l’ambivalence ou la fragilité qui sont en elle, comme en tout être. C’est notre société qui veut ça. Les femmes doivent se plier à ce carcan moral qui vient, peut-être, de notre culture judéo-chrétienne.
La narratrice dans cette histoire est bisexuelle, elle rêve d’autres hommes dans les bras de son partenaire, elle est hantée par des fantômes, à moins que ça ne soit par sa culpabilité. Et sans doute a-t-elle des fantasmes de cordes et de chair sanglée.

De moi, il y a surtout le rêve du départ, avec les carcasses ensanglantées. C’était le genre de rêves que je faisais quand j’étais enceinte. Et il y a aussi cette histoire de fille qui se pend dans son armoire. Vous vous dites peut-être que c’est de la fiction ! Mais non : un jour, j’ai appris que la fille d’une amie s’était suicidée ainsi, elle avait vingt ans. Encore un sujet qui dérange, parce qu’il fait peur.
Au fait, vous vous demandez peut-être si dans « Coccinelles » il y a des éléments autobiographiques ? La réponse est oui : notamment la scène de la fin, où la narratrice a l’impression d’être en résonance empathique avec son bébé. Quand je vous dis qu’il se passe des choses étranges dans le psychisme d’une jeune mère !

Je remercie beaucoup Thomas Bauduret d’avoir inclus ce texte court et un peu bizarre dans son anthologie.

Alien Earth, de Megan Lindholm

Robin Hobb est mondialement connue pour ses sagas de fantasy, un peu moins sans doute pour ses incursions dans l’univers de la SF. D’ailleurs, Alien Earth est le seul roman de SF qu’elle aura écrit, et j’étais curieuse de découvrir ce qu’elle avait pu nous concocter. Hé bien, ce fut une très bonne surprise !

Alien EarthLe roman commence tout doux, avec trois des cinq protagonistes qui soutiennent toute l’histoire. John est capitaine d’un Anilvaisseau, l’Évangéline. Connie a été recrutée pour être son lieutenant. Un équipage réduit, mais assisté, on le comprend bien vite, par Tug, une intelligence non-humaine quasi omnisciente dans le vaisseau. Comme souvent quand je commence un nouveau livre, il m’a fallu quelques pages pour m’adapter. Où est-ce que cela allait me mener… ? Puis très vite, au fur et à mesure que Megan Lindholm révélait les contours de l’univers qu’elle avait imaginé, j’ai été happée par ma lecture. Il n’y a pas des masses d’action, dans ce roman, tout se déroule quasiment en huis clos, mais cela suffit à nous tenir en haleine.

Imaginez un univers où l’humanité serait dépendante des Arthroplanes, une race exta-terrestre intelligente, pour les voyages spatiaux… Où le visage utopique d’une humanité « harmonieuse » cacherait des intérêts autrement plus obscurs… Bref, les idées sont intéressantes, mais elles ne seraient rien sans le talent avec lequel Megan Lindholm réussit à faire vivre ses personnages de l’intérieur. Nous voilà ainsi dans les pensées et les ressentis de Tug, Connie, John, Raef et de l’Anile Evangéline, à suivre leur évolution jusqu’à la confrontation finale.
Alors, la Terre abandonnée depuis des millénaire vaut-elle la peine qu’on y envoie un Anilvaisseau ? Et pourquoi ?
Je vous laisse lire le livre pour savoir quelle réponse l’auteur apporte à ces questions…

Critique de « Sur les Marches d’Oort »

 » (…) Cette nouvelle est construite comme un thriller avec un rythme alterné des chapitres entre les deux personnages principaux. Il faut dire que ce découpage est très efficace quant au rythme de l’intrigue. Mais pour ma part, j’ai plutôt eu l’impression de lire un conte traditionnel avec son lot de mysticisme, d’esprits frappeurs ou de fantômes railleurs. Ce mélange si subtil de genres mêlé à l’ambiance particulière de la nuit nous captive de la première à la dernière ligne. (…) »

Heartnsoul, sur son blog Heart’nsoul

« (…)  Tout d’abord, le premier élément que vous pouvez noter est la plume. Elle est belle, riche et presque poétique aussi. On sent que les mots ont été choisis avec soin sans que cela pèse, mais que pour bien au contraire, le lecteur puisse réellement plonger dans l’univers si particulier de la nouvelle. On reconnaît l’empreinte japonaise, très vite, avec cependant une petite touche en plus.

Le lecteur est donc tout de suite immergé dans ce nouveau monde qu’on touche du bout des doigts, mais qui semble aussi complexe et construit qu’une galaxie. J’admire toujours les auteurs qui savent en imposer autant en si peu de pages. Même les personnages ont leur histoire, c’est vraiment travaillé. J’avoue cependant que j’aurais presque désiré un peu plus de détails pour Mei, la petite fille. Ça reste une nouvelle et on ne peut pas non plus demander tout ce qu’on pourrait trouver dans un roman. Donc ça passe très bien ici.

L’ambiance de la nouvelle est très particulière. Elle fait appel en effet au registre onirique, avec des références qui m’échappent très certainement mais me rappelle les films d’animation japonais que j’ai visionnés. On se rapproche plus du rêve un peu… pas glauque, mais presque, quand même. Des esprits, des croyances étranges, des désespoirs et peu de lumière. Pourtant, moi qui suis très sensible, je n’ai pas été effrayée. Je n’ai pas non plus été très à l’aise, mais je restais curieuse. Un peu « berk » sur certains points, mais intriguée de savoir comment tout ceci allait se finir. (…) « 

Cha, de l’Eden des Rêves

« Il y a rien à faire. Je suis vraiment fan de la plume d’Emilie. Et bien, tu sais pas Emilie ?! Je me suis fait plaisir, vraiment ! Que sommes nous capable de faire par amour/égoïsme ?!
Cette nouvelle est émotionnellement très belle, très intense. Cette douleur, puis cet espoir et au final l’amour, le vrai qui vous prend aux tripes.
Je me suis vu à la place de ce père. Dur !!!

Merci Emilie, quand tu veux tu m’envoies une autre merveille !!! »

Yannick, de Prose-Café

« Cette magnifique nouvelle m’a transportée avec beaucoup d’onirisme dans le coeur d’un homme brisé et de sa fillette.

Dans un monde qui n’est pas le nôtre, une planète au nom d’Oort, où la lumière n’a pas son entrée, vivent un homme et une fillette désemparés, esseulés après la mort d’Ayumi, épouse et mère. Hantés par le souvenir de la précieuse femme, père et fille refusent de quitter cette terre inhospitalière pour une contrée plus accueillante. Car une pensée ne quitte pas le sculpteur-magicien : redonner vie à sa bien-aimée épouse. Quant à la fillette, devant le désarroi de son père, elle fera appel dans toute sa candeur au dieu des morts… Avec les conséquences que cela engendre…
(…)
Ce monde merveilleux est un mélange d’univers sombre et sans lumière sorti tout droit de l’imagination de l’auteur, mélangé à la magie, le tout saupoudré de quelques touches de Japon, qui viennent apporter un goût exotique à cette histoire, je devrais dire à ce conte.

J’ai été captivée par cette courte mais bouleversante histoire, où l’on ressent la blessure profonde d’un homme amoureux de sa défunte épouse, le vide créé par son absence.
Noriev, cet homme bon et innocent paiera malheureusement le prix fort pour son amour. Mais l’amour ne doit-il pas veiller sur l’être aimé ? Qui de la mort ou de l’amour remportera la partie ?

Une histoire onirique à souhait, une plume poétique, qui nous emmène dans un univers original, sur les traces d’une famille à la recherche d’un être adoré.
Une très belle ode à la vie, à la mort, aux souvenirs impérissables des êtres chéris. A ce lien indéfectible entre deux personnes qui s’aiment, indéfectible… même après la mort…
C’est magique, mélancolique, tout simplement beau.

Chronique parue sur L’Imaginarium