Archives mensuelles : mars 2019

Black Dragon Juniors, de Michaël Nerjat (Présence Africaine)

Black Dragon Juniors, de Michaël Nerjat Présence Africaine

Roman d’inspiration autobiographique, Black Dragon Juniors nous emmène dans une cité sensible de Sartrouville, au début de l’été 1995. Michaël, jeune antillais qui vient de fêter ses 18 ans, prépare son BEP de comptabilité. Un jour où il est en train de jouer au basket, il voit apparaître une bande de lascars qui n’ont pas l’air d’avoir froid aux yeux. Fasciné, il n’a de cesse de retrouver leur chef afin de le convaincre de l’enrôler. Désormais, son rêve est d’intégrer les rangs de cette unité d’élite de guerriers urbains.

Entre épreuves initiatiques, apprentissage des techniques de combat et maniement des armes, Mickaël grandit et découvre les virées entre amis dans un Paris vibrant au son du rap. L’objectif des Black Dragons est de lutter contre les skins. Après un intermède en Guadeloupe où il passe un été torride et riche en aventures rocambolesques, Michaël connaîtra son baptême du feu quand les Tigres du Nord viennent leur chercher noise à la Défense, leur territoire.

Je ne me suis pas ennuyée une minute avec ce récit très vivant qui mêle fiction et réalité. L’action est au rendez-vous à chaque page, avec des scènes de bagarres ou de règlements de compte dignes d’un film noir à la Tarantino. Les personnages bien campés forment une galerie haute en couleur, et on plonge avec bonheur dans les sensations foisonnantes qu’évoque l’auteur lorsqu’il parle de la cuisine de sa mère ou des marchés de la Guadeloupe. Je me demande aussi comment va évoluer le jeune héros, qui se pose parfois la question des valeurs qu’il souhaite défendre au milieu de ce déchaînement de violence.

La réponse viendra peut-être dans la suite des aventures des Black Dragon Juniors. Il paraîtrait que Mickaël et sa bande de potes partiraient du côté de Haïti… Pour chasser du zombie ? Une chose est sûre : ça va secouer, et je la lirai avec plaisir.

Le monde inverti, de Christopher Priest (Folio SF)

Le monde inverti_C.Priest_Folio SF

Christopher Priest est considéré comme l’un des plus grands écrivains de SF de notre époque. Il a été consacré par de nombreux prix, dont le World Fantasy Award. Le monde inverti l’a imposé comme l’un des plus talentueux auteurs de SF britannique en 1974.

L’histoire est celle d’une ville qui se déplace en permanence sur des rails que l’on assemble et démonte au fur et à mesure de sa progression, dans un environnement vaguement hostile qui pourrait se situer sur une autre planète. On suit l’évolution d’Helward Mann, jeune homme qui rentre dans l’une des prestigieuses Guildes qui dirigent la cité. Son apprentissage passe non par les livres et la théorie, mais par l’expérience. Nous découvrons ainsi avec lui l’étrangeté de cette Terre où la surface au sol semble prendre la forme d’une hyperbole, à l’image de son astre solaire. Dans ce contexte, le mouvement de la ville vers l’ « optimum » est une question de survie.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans cette lecture, en partie parce que l’écriture très « factuelle » ne me faisait pas particulièrement vibrer, en partie parce que le personnage central de l’histoire ne m’inspirait pas grand-chose. Mais ce sentiment n’a pas duré : petit à petit, j’ai été happée par l’originalité de cet univers, et la curiosité m’a tenue en haleine jusqu’à la révélation sur cette inversion évoquée dans le titre. Le basculement final des points de vue crée une mise en abîme vertigineuse et nous amène à nous poser les éternelles questions : le monde est-il tel que nous le voyons, ou tel que l’on a appris qu’il devait être ? Où se situe la réalité, quand la vérité empirique des uns s’oppose diamétralement à celle des autres  ? Et si toutes nos certitudes s’écroulaient, pourrions-nous continuer à vivre ?

Quant à l’écriture, si elle m’avait semblé un peu froide de prime abord, j’ai fini par apprécier sa précision et la finesse avec laquelle sont suggérés les drames humains qui se jouent sous la surface des faits observables. Le destin et l’évolution d’Herlward ne m’ont pas à proprement parler bouleversée, mais j’ai été touchée.

En conclusion : une excellente lecture, qui m’a donné envie de découvrir d’autres œuvres de ce grand auteur de Science Fiction