Les dessous de Lisse, …

« Lisse, le cordon » que vous pouvez lire dans le recueil collectif Malpertuis VI, a été écrit entre 2007 et 2010, il est l’un de mes tout premiers textes. Il fait partie d’un ensemble d’une dizaine de nouvelles qui tourne autour du thème de la maternité, tout comme « Coccinelles » paru dans le recueil Folie(s) chez les Artistes Fous Associés. Ces textes ont été retouchés récemment, lorsque j’ai commencé à participer à des « Appels à Textes ». J’avais sans doute un peu progressé en matière d’écriture, et certains défauts étaient trop flagrants pour ne pas être repris.

Malpertuis VILe ton est intime, et on m’a déjà demandé à plusieurs reprises si ces histoires étaient autobiographiques. Oui, dans un sens. Ce sont des mélanges de rêves, d’expériences vécues, de fragments d’histoires qu’on m’a racontées, de sensations, des fantasmes.
« Lisse, le cordon » s’intitulait à l’origine « Le cordon », et c’était l’histoire d’une jeune femme qui devait faire le deuil de sa mère pour devenir elle-même mère. Le deuil est un thème qui revient souvent dans mes écrits. L’histoire était douce, et se terminait sur un apaisement. Il y avait dedans des fantômes, avec la scène dans la cuisine, mais en lieu et place de la chevelure, c’était un bout de cordon ombilical qui se baladait sur le carrelage. Cela se terminait dans un cimetière avec un fantôme d’enfant qui disparaissait derrière une tombe.

J’ai utilisé cette base pour répondre à un appel à textes fin 2014. Mon histoire n’a pas été retenue, et tant mieux parce j’y avais inséré un détail pour coller aux consignes, qui ne me plaisait pas. Je l’ai enlevé, et comme l’aspect fantastique était assez présent, je l’ai envoyé à Thomas Bauduret. GustavKlimtLesTroisAgesDeLaVie1905-300x300Mes sources d’inspiration sont diverses. La peinture décrite au début de l’histoire est inspirée de ce tableau de Gustave Klimt, « Les trois âges de la femme ». Souvent on n’en représente qu’une partie, celle où la jeune mère enlace tendrement sa fille, et on occulte la partie gauche du tableau, celle où la femme vieillie, honteuse, se cache derrière sa chevelure grise. J’avais envie d’explorer cette partie occultée, mais sous une autre forme.
Trop souvent on voudrait faire de la mère une icône d’amour et de tendresse, et on refuse de voir l’ambivalence ou la fragilité qui sont en elle, comme en tout être. C’est notre société qui veut ça. Les femmes doivent se plier à ce carcan moral qui vient, peut-être, de notre culture judéo-chrétienne.
La narratrice dans cette histoire est bisexuelle, elle rêve d’autres hommes dans les bras de son partenaire, elle est hantée par des fantômes, à moins que ça ne soit par sa culpabilité. Et sans doute a-t-elle des fantasmes de cordes et de chair sanglée.

De moi, il y a surtout le rêve du départ, avec les carcasses ensanglantées. C’était le genre de rêves que je faisais quand j’étais enceinte. Et il y a aussi cette histoire de fille qui se pend dans son armoire. Vous vous dites peut-être que c’est de la fiction ! Mais non : un jour, j’ai appris que la fille d’une amie s’était suicidée ainsi, elle avait vingt ans. Encore un sujet qui dérange, parce qu’il fait peur.
Au fait, vous vous demandez peut-être si dans « Coccinelles » il y a des éléments autobiographiques ? La réponse est oui : notamment la scène de la fin, où la narratrice a l’impression d’être en résonance empathique avec son bébé. Quand je vous dis qu’il se passe des choses étranges dans le psychisme d’une jeune mère !

Je remercie beaucoup Thomas Bauduret d’avoir inclus ce texte court et un peu bizarre dans son anthologie.