Archives de catégorie : Mes lectures ❤

L’Éveil du Léviathan, chez Babel, Actes Sud

the-expanse,-tome-1Du bon, très bon Space Op, avec semelles magnétiques, propulseurs Epstein, embrouilles géopolitiques, créature extraterrestre pas glop et tutti quanti. L’histoire est suffisamment complexe pour nous tenir en haleine jusqu’aux derniers rebondissements. Un roman bourré d’action, un peu moins de l’onirisme qui fait le charme d’autres Space Opera que j’aime aussi beaucoup, mais le petit plus, ce sont les éléments de polar et d’horreur qui s’invitent dans l’intrigue.

L’auteur, je l’ai découvert, n’est autre que l’assistant du grand J.R.R Martin. Voilà qui l’intronise déjà. Le roman a donné une série,  The Expanse, qui n’est pas encore diffusée en France. Il est le premier tome d’une longue saga.

Une lecture divertissante, que je recommande aux amateurs d’intrigue bien ficelée et d’action menée tambour battant.

Les limites de l’enchantement, Graham Joyce

Coup de coeur à nouveau pour un roman de cet auteur! La chronique est disponible sur le site de Phenix-Web.

limites-de-l-enchantementCe que je n’y dis pas, c’est que l’une des raisons pour lesquelles j’ADORE Graham Joyce, c’est que ses histoires me font toujours du bien. Il évoque pourtant des tas de sujets difficiles ou douloureux, mais il le fait avec la douceur d’un ange, comme s’il voulait nous bercer de toute la tendresse qu’il éprouve pour ses personnages. Il y a beaucoup d’amour, dans ses livres, et un désir de consoler, d’apaiser. Enfin, c’est mon sentiment, et je le partage, là! 😉

Fiction numéro 20, les Indés de l’imaginaire

Fiction N°20Cette chronique a été rédigée dans le cadre de Phenix-Web, et je la partage ici car j’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture.

Ce numéro 20 de Fiction est le premier du collectif éditorial des Indés de l’Imaginaire, et malheureusement aussi le dernier. La suppression des subventions qui permettaient au magazine de vivre avait d’ailleurs poussé les éditeurs à faire appel à une contribution collective, grâce à laquelle cette dernière édition avait pu aboutir.
Et c’est heureux, car lire et feuilleter ce numéro est un vrai régal. Le format est celui d’un livre, les pages sont agréables au toucher. Quant au contenu, interviews, articles, portfolios et nouvelles se suivent sans se ressembler, pour notre plus grand plaisir.
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En ce qui concerne les nouvelles, il y en a beaucoup, ce qui n’est pas pour me déplaire ! Je les ai lues comme je lis habituellement ce type de format, c’est-à-dire petit à petit, entre deux romans. Comme il y en a un certain nombre, je ne vous parlerai que de celles qui m’ont particulièrement plu, ou surprise.
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« Garde du Corps » de Karl Bunker est une histoire délicate et nostalgique, qui nous emmène sur une lointaine planète peuplée d’un peuple reptilien, dont les codes d’honneur ne sont pas sans nous rappeler certains codes guerriers extrême-orientaux.. « Une très ancienne épée elfique », de Jim Aikin, est un petit bijou, où la cruauté le dispute au mystère dans une ambiance digne d’un Sherlock Holmes. J’ai souri en lisant « Trois feuilles d’Aloes » de Rand B.Lee, qui évoque les relations mouvementées d’une ado rebelle et bagarreuse avec sa mère, à laquelle on propose l’implant d’une puce d’inhibition d’agressivité sur sa fille en échange du droit accordé à celle-ci de poursuivre des études dans l’établissement huppé de la ville.
« Propriétés aliénées » m’a fait passer un excellent moment. Pas de grandiloquence, ici, pour cette rencontre entre créatures venues d’ailleurs et humains, mais une bonne partie de poker et une mémorable couronne sucrée suprême au cherry.
« Fleurs de Lune » de Phil Becker (enfin un auteur francophone !) est une petite merveille aussi. Le récit démarre sous la forme d’une enquête policière dans un contexte un peu obscur, mais on comprend vite que les enjeux ne sont pas là où on les soupçonnait – la chute n’en est que meilleure.
« Se faire Emily » (Dickinson) de Joe Haldeman est aussi une très jolie nouvelle, drôle et troublante à la fois. « Le rivage au bord du monde » de Eugène Mirabelli nous transporte dans une atmosphère douce comme un crépuscule d’été dans les îles Grecques. « Le kami, la jeune fille et la fleur » de Marc Oreggia nous plonge dans l’univers post-apocalyptique de la bombe A – une fillette trouve refuge dans un temple resté miraculeusement debout dans les ruines de Nagasaki, et y croise un esprit bienveillant. La fin est poignante.
Du rire, encore, avec « Mon Bionid, mon Bionid douillet » de Pat MacEwen. Imaginez une maison conçue avec vos propres tissus pour éviter toute réaction allergique… Rire encore, avec « La fabrique de fées » de Jeffrey Ford, dans un univers qui plaira aux amateurs de steampunk. Et si vous avez aimé l’humour et la plume de cet auteur, vous aurez le plaisir de le retrouver dans un deuxième récit, tout aussi amusant, quoique dans un univers plus moderne, « La technologie de Pittsburg ».

Le cycle de Dune, F.Herbert

MessieDeDune

On ne présente pas Dune, n’est-ce pas? Je le mets dans mes coups de cœur lecture car Dune est LE roman qui m’a donné envie d’écrire de la science-fiction (avec les films de Miyazaki), et je n’ai pas honte de revendiquer son influence :). C’est juste géant.

Omale 1, de Laurent Genefort

Omale L.Genefort

Voilà un des meilleurs romans de space opera que j’ai lus ces derniers temps. Mon plaisir, avec ce type de lecture, est celui de m’immerger complètement dans un univers imaginaire riche et foisonnant. Philosophie, religion, ethnologie, botanique, politique… rien n’est laissé de côté dans ce voyage au cœur d’Omale – un artefact stellaire mystérieux où des formes de vie intelligentes vont apprendre à cohabiter, alors que tout les sépare.

Alien Earth, de Megan Lindholm

Robin Hobb est mondialement connue pour ses sagas de fantasy, un peu moins sans doute pour ses incursions dans l’univers de la SF. D’ailleurs, Alien Earth est le seul roman de SF qu’elle aura écrit, et j’étais curieuse de découvrir ce qu’elle avait pu nous concocter. Hé bien, ce fut une très bonne surprise !

Alien EarthLe roman commence tout doux, avec trois des cinq protagonistes qui soutiennent toute l’histoire. John est capitaine d’un Anilvaisseau, l’Évangéline. Connie a été recrutée pour être son lieutenant. Un équipage réduit, mais assisté, on le comprend bien vite, par Tug, une intelligence non-humaine quasi omnisciente dans le vaisseau. Comme souvent quand je commence un nouveau livre, il m’a fallu quelques pages pour m’adapter. Où est-ce que cela allait me mener… ? Puis très vite, au fur et à mesure que Megan Lindholm révélait les contours de l’univers qu’elle avait imaginé, j’ai été happée par ma lecture. Il n’y a pas des masses d’action, dans ce roman, tout se déroule quasiment en huis clos, mais cela suffit à nous tenir en haleine.

Imaginez un univers où l’humanité serait dépendante des Arthroplanes, une race exta-terrestre intelligente, pour les voyages spatiaux… Où le visage utopique d’une humanité « harmonieuse » cacherait des intérêts autrement plus obscurs… Bref, les idées sont intéressantes, mais elles ne seraient rien sans le talent avec lequel Megan Lindholm réussit à faire vivre ses personnages de l’intérieur. Nous voilà ainsi dans les pensées et les ressentis de Tug, Connie, John, Raef et de l’Anile Evangéline, à suivre leur évolution jusqu’à la confrontation finale.
Alors, la Terre abandonnée depuis des millénaire vaut-elle la peine qu’on y envoie un Anilvaisseau ? Et pourquoi ?
Je vous laisse lire le livre pour savoir quelle réponse l’auteur apporte à ces questions…

Bloody Mary, de Jacques Martel

Chez Mnémos, collection Hélios.

Bloody Mary de J.MartellVoilà un space op’ tout à fait sympathique, qui parlera à tous les nostalgiques d’Albator… dont je suis, vous vous en doutez.
L’histoire commence à la Veuve Solaire, un rade comme on en trouve tant dans ces colonies établies par l’homme dans ce bras de la Galaxie. Un matelot entre, et commande un verre au bar. Le tenancier, curieux, sonde un peu le nouveau venu… Ah, mais c’est qu’il en a de bonnes, à raconter ! Silence, mes amis ! Car ce que vous allez entendre n’est rien d’autre que l’histoire vraie de Bloody Mary, la plus célèbre des pirates.
Du dépaysement, des voyages, des personnages hauts en couleur, un peu de romance et beaucoup de combats, le tout bien ficelé et saupoudré d’une langue truculente, tous les ingrédients sont là pour passer un très bon moment de lecture.

Comme un conte, de Graham Joyce

Aux éditions Bragelonne, collection « L’autre »

Depuis mon coup de cœur pour « Lignes de vie », je n’ai qu’une envie, c’est de découvrir d’autres œuvres de Graham Joyce. On m’a donc offert ce livre, et je l’ai ouvert le cœur battant, en me demandant ce que j’allais y trouver. Serais-je déçue, surprise, emballée ?
Comme un conte… Ce roman porte vraiment bien son titre.
Commeunconte G.JoyceL’histoire commence un soir de Noël, lorsque Dell et Mary s’apprêtent à passer un Noël un peu triste, sans leur fils aîné Peter et sa remuante famille, ni leur fille cadette Tara, disparue il y a vingt ans dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées. Un discret toc-toc à la porte les sort de leur tête-à-tête guindé. Et là, c’est le choc : sur le seuil, une jeune femme, non, une jeune fille toute dépenaillée. Dell lui demande poliment ce qu’elle fait là. Mary, elle, reconnaît aussitôt sa fille disparue, et tombe dans les pommes.
L’histoire s’enroule ensuite pour rejoindre le passé, et éclairer le présent, avec une habile mise en abîme entre le point de vue du psychiatre, les citations mises en exergue et les jeux sur la narration. Bref,Tara, par son retour, va tout chambouler, mais je me garderai de vous dire comment.
Alors que « Lignes de vie » nous guidait aux frontières du monde tangible et de la mort avec ses fantômes et ses esprits, ici, on embarque pour un voyage à la limite du merveilleux. Et c’est toute une résurgence de souvenirs de lectures et d’enfance qui remonte à la surface et entre en résonance. Alice, Peter… Quel enfant n’a pas volé dans les airs ou parlé à des chats en leur compagnie, un jour ?
J’ai retrouvé aussi des thèmes, des personnages qui m’avaient enchantée en lisant « Lignes de vie » : la frontière ambiguë entre fantasme et réalité, l’amitié et les liens, la famille un peu déglingue, une jeune héroïne fantasque et lunaire, la folie et le rêve, la poésie et le fantastique dans la banalité d’un quotidien par trop balisé. La possibilité, toujours, d’une résilience…
Alors suis-je conquise ? Définitivement oui. Une belle lecture, qui laisse un goût de rêve et d’adolescence, une fois le livre fermé.

Lignes de Vie, de Graham Joyce.

Un livre lu dans le cadre des chroniques pour Phénix-Web, et pour moi, une révélation. Personnages attachants, manière subtile de traiter le fantastique sans s’éloigner de la vérité des personnages… Pour moi, c’est un livre parfait, en ce sens qu’il est bien équilibré. Sans doute une influence future dans mes propres petites productions, tout comme j’ai été influencée par le fantastique délicat de l’auteure japonaise Yoshimoto Banana, coup de cœur de mes 18 ans.

Extrait de la chronique :

Folio SF janv 2015

Folio SF janv 2015

« Coventry, au lendemain de la guerre. La ville se réveille meurtrie, défigurée, mais dans ce creuset de cendres, les forces vives qui feront le visage de l’Angleterre de demain sont déjà à l’œuvre. Ces forces, elles sont portées par des femmes. Parmi elles, Martha, la matriarche qui couve d’un amour protecteur ses sept filles ; Beatie, qui après avoir vissé des rivets en usine va étudier à Oxford ; Evelyn et Ina, les jumelles vieilles filles qui font tourner les tables… Et la jeune Cassie, bien sûr, dont la folie visionnaire trouve son paroxysme dans la grande scène du bombardement de Coventry.

Et les hommes ? Les hommes n’ont pas été oubliés, mais la guerre les a pris et rares sont ceux qu’elle a rendus sans les avoir brisés. Pas besoin de superlatifs pour dire l’horreur, il suffit de voir le mari qui revient en permission de Dunkerque dans son uniforme crasseux pour comprendre.

Tous ces personnages sont vrais et l’auteur a le talent de savoir les faire vire avec humour et tendresse, sans jamais tomber dans la caricature, ni dans l’excès. C’est tellement rare !

Je vais terminer en touchant un mot de l’aspect fantastique du roman. Car des fantômes, il y en a dans ce livre. Comment cela pourrait-il ne pas être, dans ce contexte d’après-guerre ? Les morts ne sont jamais loin, qui s’invitent à pas feutrés à lire le journal ou tondre la pelouse. On les voit parfois, on les rêve, ils sont là, à errer, frapper aux portes ou parler aux enfants, mais tout est suggéré,  sur le fil de nos perceptions. Alors quand l’« homme-derrière-la-vitre » chuchote à l’oreille du petit Franck, le fils de Cassie, on se demande ce qu’il va bien pouvoir faire de ce don si particulier. La fin est comme le livre, simple et vraie. Un pur bonheur. »

Le Démon

De Hubert Selby Jr.

Voici une lecture prenante, qui ne laisse pas indifférent, et je remercie l’ami qui, après m’avoir fait découvrir Paolo Bacigalupi, m’a fait découvrir Hubert Selby 🙂
Renseignements pris, ce roman paru en 1976 a été accueilli plutôt froidement par la critique américaine. Le héros, Harry White, fut jugé caricatural, et l’ensemble grossier et réducteur, sans subtilité morale.
Le démonMais moi, ce roman, je l’ai trouvé surprenant, dérangeant, remuant, bref, un livre qui sort du lot et vous fait l’effet d’une claque.
Toute l’histoire est narrée du point de vue du héros, Harry White, avec quelques brèves incursions dans la psyché de sa femme Linda, qui joue en quelque sorte le rôle de miroir révélateur. Le nom même du héros est un symbole en soi : White.
Car Harry est un wasp tout ce qu’il y a de propre sur lui, jeune cadre brillant promu à un bel avenir au sein d’une société en pleine croissance. Caricatural ? Peut-être. Pourtant, n’est-ce pas l’image idéalisée que l’on se fait du succès à l’américaine ?
L’envers du décor, c’est le Mr Hide qui se cache dans l’ombre de cette réussite. D’ailleurs, la métaphore est filée tout au long du livre, où plusieurs scènes décrivent le héros passant de l’ombre à la lumière. Clarté divine et ténèbres infernales…
Dans les ténèbres, est tapi un démon…
Vraiment ? Moi, je ne l’ai pas trouvé démoniaque. Au contraire, j’ai trouvé ce personnage très humain. Pitoyablement, dramatiquement humain, et c’est avec un sentiment de compassion que je referme le livre. Pourtant, vu de l’extérieur, Harry est bel et bien un psychopathe. Mais voilà, à mon sens, ce qui fait force de ce roman : il nous fait rentrer dans la tête du monstre.
De l’intérieur, la perspective n’est plus du tout la même. Ce que nous dépeint Hubert Selby Jr, c’est un homme qui souffre et lutte en permanence contre le mal qui le ronge. Presque un martyre, en fait, prisonnier du mythe de l’Amérique bien-pensante. Son angoisse est palpable, communicative. On a peur avec lui, pour lui.
Autre chose, qui m’a énormément plu dans ce livre : les descriptions. D’ailleurs, peut-on parler vraiment de descriptions, au sens statique du terme ? Tout est, encore une fois, vu et raconté à travers le filtre de la subjectivité du héros. Cela rend les scènes formidablement vivantes, que ce soient celles de rue, de cul, de festivité, de bonheur, d’amour, de douleur, ou de folie.
La ville, New York, est omniprésente. La nature confinée de Central Park, avec ses canards et ses arbres, y est mille fois plus vivante que lors des rares moments de l’histoire qui se déroulent hors des murs bétonnés de Brooklyn ou Manhattan. Harry est un citadin, New York est son univers. La « vraie » nature, lorsqu’il la recherche, ne lui apporte aucun réconfort. Les bouleaux dont il ceint les troncs à la fin, les suppliant de l’aider, ne lui offrent que leur froide indifférence. Alors Harry se tourne vers les rues surpeuplées de New York, il hante les immeubles et les quais du métro où se pressent des hordes de travailleurs exténués.
La foule, peut-être, lui apportera la jouissance et la paix qu’il recherche si désespérément. Et on se souviendra de lui, comme on se souvient de Mark David Chapman.