Archives de catégorie : Mes lectures ❤

Alien Earth, de Megan Lindholm

Robin Hobb est mondialement connue pour ses sagas de fantasy, un peu moins sans doute pour ses incursions dans l’univers de la SF. D’ailleurs, Alien Earth est le seul roman de SF qu’elle aura écrit, et j’étais curieuse de découvrir ce qu’elle avait pu nous concocter. Hé bien, ce fut une très bonne surprise !

Alien EarthLe roman commence tout doux, avec trois des cinq protagonistes qui soutiennent toute l’histoire. John est capitaine d’un Anilvaisseau, l’Évangéline. Connie a été recrutée pour être son lieutenant. Un équipage réduit, mais assisté, on le comprend bien vite, par Tug, une intelligence non-humaine quasi omnisciente dans le vaisseau. Comme souvent quand je commence un nouveau livre, il m’a fallu quelques pages pour m’adapter. Où est-ce que cela allait me mener… ? Puis très vite, au fur et à mesure que Megan Lindholm révélait les contours de l’univers qu’elle avait imaginé, j’ai été happée par ma lecture. Il n’y a pas des masses d’action, dans ce roman, tout se déroule quasiment en huis clos, mais cela suffit à nous tenir en haleine.

Imaginez un univers où l’humanité serait dépendante des Arthroplanes, une race exta-terrestre intelligente, pour les voyages spatiaux… Où le visage utopique d’une humanité « harmonieuse » cacherait des intérêts autrement plus obscurs… Bref, les idées sont intéressantes, mais elles ne seraient rien sans le talent avec lequel Megan Lindholm réussit à faire vivre ses personnages de l’intérieur. Nous voilà ainsi dans les pensées et les ressentis de Tug, Connie, John, Raef et de l’Anile Evangéline, à suivre leur évolution jusqu’à la confrontation finale.
Alors, la Terre abandonnée depuis des millénaire vaut-elle la peine qu’on y envoie un Anilvaisseau ? Et pourquoi ?
Je vous laisse lire le livre pour savoir quelle réponse l’auteur apporte à ces questions…

Bloody Mary, de Jacques Martel

Chez Mnémos, collection Hélios.

Bloody Mary de J.MartellVoilà un space op’ tout à fait sympathique, qui parlera à tous les nostalgiques d’Albator… dont je suis, vous vous en doutez.
L’histoire commence à la Veuve Solaire, un rade comme on en trouve tant dans ces colonies établies par l’homme dans ce bras de la Galaxie. Un matelot entre, et commande un verre au bar. Le tenancier, curieux, sonde un peu le nouveau venu… Ah, mais c’est qu’il en a de bonnes, à raconter ! Silence, mes amis ! Car ce que vous allez entendre n’est rien d’autre que l’histoire vraie de Bloody Mary, la plus célèbre des pirates.
Du dépaysement, des voyages, des personnages hauts en couleur, un peu de romance et beaucoup de combats, le tout bien ficelé et saupoudré d’une langue truculente, tous les ingrédients sont là pour passer un très bon moment de lecture.

Comme un conte, de Graham Joyce

Aux éditions Bragelonne, collection « L’autre »

Depuis mon coup de cœur pour « Lignes de vie », je n’ai qu’une envie, c’est de découvrir d’autres œuvres de Graham Joyce. On m’a donc offert ce livre, et je l’ai ouvert le cœur battant, en me demandant ce que j’allais y trouver. Serais-je déçue, surprise, emballée ?
Comme un conte… Ce roman porte vraiment bien son titre.
Commeunconte G.JoyceL’histoire commence un soir de Noël, lorsque Dell et Mary s’apprêtent à passer un Noël un peu triste, sans leur fils aîné Peter et sa remuante famille, ni leur fille cadette Tara, disparue il y a vingt ans dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées. Un discret toc-toc à la porte les sort de leur tête-à-tête guindé. Et là, c’est le choc : sur le seuil, une jeune femme, non, une jeune fille toute dépenaillée. Dell lui demande poliment ce qu’elle fait là. Mary, elle, reconnaît aussitôt sa fille disparue, et tombe dans les pommes.
L’histoire s’enroule ensuite pour rejoindre le passé, et éclairer le présent, avec une habile mise en abîme entre le point de vue du psychiatre, les citations mises en exergue et les jeux sur la narration. Bref,Tara, par son retour, va tout chambouler, mais je me garderai de vous dire comment.
Alors que « Lignes de vie » nous guidait aux frontières du monde tangible et de la mort avec ses fantômes et ses esprits, ici, on embarque pour un voyage à la limite du merveilleux. Et c’est toute une résurgence de souvenirs de lectures et d’enfance qui remonte à la surface et entre en résonance. Alice, Peter… Quel enfant n’a pas volé dans les airs ou parlé à des chats en leur compagnie, un jour ?
J’ai retrouvé aussi des thèmes, des personnages qui m’avaient enchantée en lisant « Lignes de vie » : la frontière ambiguë entre fantasme et réalité, l’amitié et les liens, la famille un peu déglingue, une jeune héroïne fantasque et lunaire, la folie et le rêve, la poésie et le fantastique dans la banalité d’un quotidien par trop balisé. La possibilité, toujours, d’une résilience…
Alors suis-je conquise ? Définitivement oui. Une belle lecture, qui laisse un goût de rêve et d’adolescence, une fois le livre fermé.

Lignes de Vie, de Graham Joyce.

Un livre lu dans le cadre des chroniques pour Phénix-Web, et pour moi, une révélation. Personnages attachants, manière subtile de traiter le fantastique sans s’éloigner de la vérité des personnages… Pour moi, c’est un livre parfait, en ce sens qu’il est bien équilibré. Sans doute une influence future dans mes propres petites productions, tout comme j’ai été influencée par le fantastique délicat de l’auteure japonaise Yoshimoto Banana, coup de cœur de mes 18 ans.

Extrait de la chronique :

Folio SF janv 2015

Folio SF janv 2015

« Coventry, au lendemain de la guerre. La ville se réveille meurtrie, défigurée, mais dans ce creuset de cendres, les forces vives qui feront le visage de l’Angleterre de demain sont déjà à l’œuvre. Ces forces, elles sont portées par des femmes. Parmi elles, Martha, la matriarche qui couve d’un amour protecteur ses sept filles ; Beatie, qui après avoir vissé des rivets en usine va étudier à Oxford ; Evelyn et Ina, les jumelles vieilles filles qui font tourner les tables… Et la jeune Cassie, bien sûr, dont la folie visionnaire trouve son paroxysme dans la grande scène du bombardement de Coventry.

Et les hommes ? Les hommes n’ont pas été oubliés, mais la guerre les a pris et rares sont ceux qu’elle a rendus sans les avoir brisés. Pas besoin de superlatifs pour dire l’horreur, il suffit de voir le mari qui revient en permission de Dunkerque dans son uniforme crasseux pour comprendre.

Tous ces personnages sont vrais et l’auteur a le talent de savoir les faire vire avec humour et tendresse, sans jamais tomber dans la caricature, ni dans l’excès. C’est tellement rare !

Je vais terminer en touchant un mot de l’aspect fantastique du roman. Car des fantômes, il y en a dans ce livre. Comment cela pourrait-il ne pas être, dans ce contexte d’après-guerre ? Les morts ne sont jamais loin, qui s’invitent à pas feutrés à lire le journal ou tondre la pelouse. On les voit parfois, on les rêve, ils sont là, à errer, frapper aux portes ou parler aux enfants, mais tout est suggéré,  sur le fil de nos perceptions. Alors quand l’« homme-derrière-la-vitre » chuchote à l’oreille du petit Franck, le fils de Cassie, on se demande ce qu’il va bien pouvoir faire de ce don si particulier. La fin est comme le livre, simple et vraie. Un pur bonheur. »

Le Démon

De Hubert Selby Jr.

Voici une lecture prenante, qui ne laisse pas indifférent, et je remercie l’ami qui, après m’avoir fait découvrir Paolo Bacigalupi, m’a fait découvrir Hubert Selby 🙂
Renseignements pris, ce roman paru en 1976 a été accueilli plutôt froidement par la critique américaine. Le héros, Harry White, fut jugé caricatural, et l’ensemble grossier et réducteur, sans subtilité morale.
Le démonMais moi, ce roman, je l’ai trouvé surprenant, dérangeant, remuant, bref, un livre qui sort du lot et vous fait l’effet d’une claque.
Toute l’histoire est narrée du point de vue du héros, Harry White, avec quelques brèves incursions dans la psyché de sa femme Linda, qui joue en quelque sorte le rôle de miroir révélateur. Le nom même du héros est un symbole en soi : White.
Car Harry est un wasp tout ce qu’il y a de propre sur lui, jeune cadre brillant promu à un bel avenir au sein d’une société en pleine croissance. Caricatural ? Peut-être. Pourtant, n’est-ce pas l’image idéalisée que l’on se fait du succès à l’américaine ?
L’envers du décor, c’est le Mr Hide qui se cache dans l’ombre de cette réussite. D’ailleurs, la métaphore est filée tout au long du livre, où plusieurs scènes décrivent le héros passant de l’ombre à la lumière. Clarté divine et ténèbres infernales…
Dans les ténèbres, est tapi un démon…
Vraiment ? Moi, je ne l’ai pas trouvé démoniaque. Au contraire, j’ai trouvé ce personnage très humain. Pitoyablement, dramatiquement humain, et c’est avec un sentiment de compassion que je referme le livre. Pourtant, vu de l’extérieur, Harry est bel et bien un psychopathe. Mais voilà, à mon sens, ce qui fait force de ce roman : il nous fait rentrer dans la tête du monstre.
De l’intérieur, la perspective n’est plus du tout la même. Ce que nous dépeint Hubert Selby Jr, c’est un homme qui souffre et lutte en permanence contre le mal qui le ronge. Presque un martyre, en fait, prisonnier du mythe de l’Amérique bien-pensante. Son angoisse est palpable, communicative. On a peur avec lui, pour lui.
Autre chose, qui m’a énormément plu dans ce livre : les descriptions. D’ailleurs, peut-on parler vraiment de descriptions, au sens statique du terme ? Tout est, encore une fois, vu et raconté à travers le filtre de la subjectivité du héros. Cela rend les scènes formidablement vivantes, que ce soient celles de rue, de cul, de festivité, de bonheur, d’amour, de douleur, ou de folie.
La ville, New York, est omniprésente. La nature confinée de Central Park, avec ses canards et ses arbres, y est mille fois plus vivante que lors des rares moments de l’histoire qui se déroulent hors des murs bétonnés de Brooklyn ou Manhattan. Harry est un citadin, New York est son univers. La « vraie » nature, lorsqu’il la recherche, ne lui apporte aucun réconfort. Les bouleaux dont il ceint les troncs à la fin, les suppliant de l’aider, ne lui offrent que leur froide indifférence. Alors Harry se tourne vers les rues surpeuplées de New York, il hante les immeubles et les quais du métro où se pressent des hordes de travailleurs exténués.
La foule, peut-être, lui apportera la jouissance et la paix qu’il recherche si désespérément. Et on se souviendra de lui, comme on se souvient de Mark David Chapman.

La peau sur les Os

De Richard Bachman, alias Stephen King.

S.King

S.King

Je ne suis pas une grande lectrice de S.King, mais celui-ci, je l’ai trouvé excellent! Tension et suspense sont admirablement bien gérés tout au long du roman, avec un rythme qui va en s’accélérant jusqu’à la fin. Les pensées du pauvre Bill Halleck sont vraiment bien rendues. On oscille entre dégoût et compassion pour ce héros somme toute tellement proche de nous. L’histoire de la malédiction Tzigane est plaisante, mais ce que j’ai vraiment aimé dans ce livre, c’est la description acerbe de la société américaine avec son consumérisme écœurant, son hypocrisie à vomir… Vomir est le bon terme, je pense, car des calories, il y en a, au fil des pages! Mais peut-être pas assez pour remplumer ce pauvre Bill Halleck…

Mordre le Bouclier

De Justine Niogret, aux éditions Mnémos.

livre-mordre-le-bouclier-752J’ai attendu trois mois avant de pouvoir me plonger dans la lecture de « Mordre le Bouclier » : pour une raison ou une autre, je n’arrivais pas à dépasser le cap de la première scène. Trop sombre, trop douloureux, trop violent. Puis le temps a filé, et le moment est venu. Et j’ai lu ce livre d’une traite, comme j’avais lu « Chien du Heaume » auparavant.
Le canevas est assez simple, comparé à l’intrigue tout en méandres de « Chien du Heaume ». On retrouve l’héroïne, Chien. Elle accompagne Bréhyr, une autre femme de guerre. Celle-ci cherche un homme, le dernier de ceux dont elle a juré de se venger. Elles prennent la route et iront l’attendre sur le passage d’un col, dans une forteresse abandonnée d’où elles guettent la route.En échange, Bréhyr a promis à Chien de la conduire à sa mère.
Le périple de ces deux femmes nous transporte alors dans un bas moyen-âge fantastique, à la frontière de l’horreur et du rêve.
Le monde de chien est un monde de brume, de douleur, de solitude rentrée comme un cri qu’on garde pour soi. On y côtoie des morts, des fantômes. Les images sont denses, aussi denses que la chair de cette femme qui cherche son nom et son histoire.Trouvera-t-elle enfin sa paix ?
Aussi, ne vous attendez pas à lire un roman d’aventures, car ce n’en est pas réellement un même si on y croise des chevaliers errants et des combats singuliers. Pour moi, « Mordre le Bouclier », tout comme « Chien du Heaume », c’est d’abord un monde de mots réinventés, presque de la poésie en somme. Et c’est beau, ma foi.
Et comme les phrases de l’auteur sauront mieux vous le faire sentir que tout ce que je pourrais en dire, je vous mets un petit extrait :
« Tout était lent et douloureux, tout avait la saveur des rêves noirs. ( …) La salamandre attendait, simplement, avec cet air de gargouille pierreuse pour qui le temps n’existe pas, pour qui la mort n’est qu’une pluie qui use peu à peu, emportant à chaque fois une pouldre de chair jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Et les hommes arrivèrent. »