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Planète géante, l’intégrale, chez Le Bélial

Planète géante, l'intégrale

Jack Vance est un grand monsieur de la SF qui aimait bourlinguer et rien que cela, en dehors de toute considération littéraire, me le rend éminemment sympathique.

« Big Planet » est une œuvre phare dans le genre du Planet Opera. Publié une première fois en 1951, il fut réédité par la suite, dans des versions nettoyées de toute trace de sexe, violence ou immoralité afin de satisfaire aux bonnes mœurs du lectorat de l’époque. Heureusement, ici, point de censure ! Avec cette intégrale, Le Bélial nous offre une version définitive et complète, certainement plus à même de plaire au lecteur adulte. (Soit dit en passant, pour ce qui est de la violence, nous sommes très loin de ce qui se fait de nos jours dans les divertissements vidéoludiques ou télévisuels.)

Bref, tant mieux, car une chose est sûre, ce classique qui n’a pas pris une ride ! Pourtant, je l’avoue, j’étais plutôt sceptique de prime abord, surtout lorsque j’ai vu que l’intrigue prendrait la forme d’une quête somme toute assez linéaire. Comme quoi même le plus éprouvé des canevas, s’il est utilisé avec brio, peut donner un résultat étonnant.

Le livre regroupe donc deux romans, « Planète géante » et « Les Balladins de la planète géante ». Si vous aimez la science-fiction qui fait voyager dans des mondes exotiques et sauvages, vous serez comblés.

En plus du dépaysement, deux choses aussi m’ont charmée : le ton, avec cette pointe d’humour vraiment délicieuse qui a l’air d’être la griffe de l’auteur ; et le fait que ces histoires n’ont pas de prétention moraliste, quoiqu’elles ne soient pas exemptes de nombreux clins d’œil soulignant nos petits travers bien humains.

Dans le premier roman, nous suivons donc les aventures d’un émissaire de la Terre qui doit diriger une commission d’enquête sur la Planète Géante. En effet, celle-ci est bien trop éloignée de la planète mère pour rentrer dans le champ de sa juridiction. Sur ce monde, l’étrange et le bizarre côtoient le meurtre, la torture et le cannibalisme. Le vaisseau qui transporte l’aventureux émissaire s’abîme sur des terres très éloignées de l’enclave terrienne où il devait se rendre. Regroupant les survivants de l’attentat, noter héros décide de rejoindre cette zone de sécurité, mais pour cela, il lui faut traverser à ses risques et périls 65 000 km de terres et de mers quasi inconnues. Son voyage lui réserve bien des surprises.

Mais au fait, qu’est-ce que cette drôle de planète ? Selon le « Guide des planètes habitées », il s’agit du plus proche satellite de l’étoile jaune Phèdre. L’une de ses caractéristiques, outre sa taille phénoménale, c’est sa pauvreté en métal. Ceci entraînant cela, aucune civilisation technologique ne s’y est réellement développée. Les armes y sont de facture quasi médiévale, et si l’on y trouve des pistolets ioniques ou thermiques, ils sont importés de l’extérieur au prix d’un trafic peu recommandable. La venue d’une commission d’enquête pourrait d’ailleurs en gêner certains.

Ce qui fait aussi de cette planète le lieu de toutes les aventures, ce sont ses habitants. Colonisée par des groupes fuyant les contraintes des lois terriennes et résolus à vivre selon leurs propres principes et croyances, elle a jadis accueilli tous les dissidents, anarchistes, déviants et marginaux de toute engeance. Leurs descendants ont formé des communautés isolées dont on découvre les particularités au fil de cette quête.

Dans le deuxième roman, nous suivons les tribulations d’Apollon Zamp, un directeur de bateau-théâtre qui va tenter de gagner le concours dramatique le plus prisé de la Planète Géante. Son parcours est évidemment semé d’embûches, et on se demande bien comment, après tant de mésaventures, il va réussir à atteindre le lointain royaume de Mornune.

Les situations cocasses s’enchaînent de manière théâtrale, allusions et jeux de mots se glissent avec facétie dans l’histoire. L’humour est léger, saupoudré avec malice, un vrai régal.

Au fur et à mesure qu’il s’enlise dans son projet, l’enjeu, pour Apollon Zamp, devient double : séduire la glaciale Demoiselle Blanche-Aster, et réussir à revisiter un grand classique de la Terre antique, MacBeth, alors que son rival veut lui imposer une vision austère et traditionaliste de l’Art. Divertissement d’un côté, tragédie de l’autre… Malgré tout, il se pourrait bien que leurs conceptions a priori inconciliables finissent par se compléter, mais nous ne le saurons qu’à la fin.

En attendant, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Petite note rajoutée ultérieurement:

Le seul bémol, et qui se confirme à la lecture d’une autre compilation de l’auteur (Les chroniques de Durdane ), est le rôle attribué aux personnages féminins dans ses histoires. Soit elles sont objet du désir et font preuve d’une duplicité ambigüe, soit elles se cantonnent au rôle de potiche (secrétaire, par exemple), soit elles sont écervelées; parfois elles jouent un rôle positif quoique secondaire, en tant que mère ou amante…. N’ayant pas lu toute l’œuvre de Jack Vance, je ne généraliserai pas, mais enfin… J’avoue qu’à la longue, ce sexisme réitéré devient lassant, et tiédit sérieusement mon envie de découvrir ses autres romans.